LADYBOSS #16

HORTENSE


Bonjour Hortense, tu as quitté ton poste de RH pour devenir céramiste, parle nous de ton parcours atypique?

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Je n’ai jamais su ce que je voulais faire, j’étais attirée par pleins de métiers mais je ne me voyais dans aucun sur le long terme. C’est comme ça que j'ai fait 5 ans de droit, chaque année je voulais changer de voie mais je ne savais pas dans quoi donc j’ai continué, le travail dans l’entreprise ne me correspondait pas du tout, je n’avais pas « la tête » de l’emploi et j'ai fini par faire deux burn-out. De retour à Lyon avec le projet d’entreprise de mon mari et un travail d’introspection pour moi, je ne savais toujours pas quoi faire mais je savais après avoir persisté que je ne voulais plus travailler en entreprise. Pas de regrets mais le début d’un long cheminement, pendant cette période de réflexion je me suis inscrite à un cours de poterie pour m’occuper enfin de moi et faire une activité qui me ferait plaisir tout en montant un projet d’entreprise dans un autre secteur.

La poterie m’a plu dès le départ et la 2ème année j’ai eu un gros flash : pourquoi ce projet d’entreprise ne serait pas dans la poterie? j’ai fait un stage de tour de potier en me disant que si j’y arrivais je me formerais … et j’ai eu un gros coup de foudre pour l’outil et en septembre j’attaquais une formation. Dans le métier de céramiste, tout coute très cher : le matériel, l’atelier, la mise de départ est lourde et on a encore rien fait, rien à montrer, rien à vendre. L’année après ma formation je n’avais pas encore d’atelier je travaillais chez moi entre ma chambre et ma salle de bain et j’avais acheté un petit four pour pouvoir me lancer.

Comment t’es tu fais connaitre ? tu travailles sur quel type de projets ?

J'ai eu besoin d'intégrer un réseau et j'ai commencé par faire des pop-up avec Etsy Lyon, ça m'a permis de me faire connaître et de rencontrer d'autres créatrices lyonnaises. L‘agence immobilière Bumper m'avait contacté pour créer un pot à bougie, puis les demandes se sont multipliées. J’ai été rapidement distribuée dans des boutiques à Lyon, Bordeaux, Paris et même aux Etats-Unis. Puis tout s'est enchainé très vite, j’ai réalisé de la vaisselle pour le restaurant étoilé Prairial, le Julienas et la Bijouterie et j’ai aussi fait une collaboration avec la marque de cosmétique Absolution. En Septembre 2015, j’intègre enfin mon atelier, j’ai changé de four et de terre pour travailler la porcelaine. A la fin de l’année 2016 mon dossier a été accepté pour être adhérente Atelier d’Art de France. Mon objectif de 2017 était d’ouvrir un e-shop, ce que j’ai fait en début d’année. En ce moment je travaille sur une collection de vaisselle pour le 3ème restaurant de Pierre Sang qui vient d’ouvrir à Paris, elle parle de nos origines auvergnates, de notre terroir. J’ai aussi travaillé sur une collaboration dont je ne peux pas encore parler mais j’en suis très fière. Elle  va sortir en septembre, j’ai hâte ! Et je prépare aussi pour septembre des workshops d’un nouveau genre, c’est un projet que j’ai depuis longtemps, pour lequel j’ai de la demande et qui me tient à coeur . A suivre donc !

Tu es actuellement distribuée chez Empreintes à Paris? Parle-nous de cette expérience

Empreintes c'est le concept-store des métiers d'art, crée à l’initiative d’Atelier d’Art de France qui a ouvert l’année dernière dans le Marais. C’est un très bel endroit qui présente des pièces uniques ou petites séries d’artisans d’art. Pour y être distribué il faut être adhérent des ateliers Art de France, j'ai donc déposé un dossier et ma vaisselle y est exposée depuis janvier, en août ce sera fini, c’est une chance parce que la scénographie du lieu est très belle, les créations sont mises en avant. A la fin de ma période d’exposition, ma vaisselle restera présente virtuellement, sur le e-shop d’Empreintes qui va bientôt être en ligne.

Quel est ton processus de création ? Qu’est-ce qui t’inspire au quotidien? comment fais-tu pour rester créative et te renouveler?

Je crée mes bols au tour et mes assiettes à la plaque ou au tour. Le processus est long : après les avoir laissé sécher je les cuit à 900° (ce qu'on appelle le "biscuit"), puis c'est l'étape de l'émaillage et on finit par une cuisson à 1260°. J'arrive à tourner une commande en une seule journée mais en comptant toutes les différentes étapes ça prend deux à trois semaines en tout. C'est un travail qui prend du temps! Avec son lot de frustration à gérer au quotidien : la casse à toutes les étapes de fabrication, les essais d’émaux qui ne ressortent pas comme ils devraient... . Tout ne se passe jamais comme on l’imagine et même sur des pièces que j’ai fait des centaines de fois j’ai encore des problèmes, on ne sait jamais à l’avance comment ça va se passer, il y a tellement de paramètres qui rentrent en ligne de compte que pour trouver sur lequel il faut agir ça prend du temps. Du coup je contourne les obstacles pour avancer.

"je suis heureuse de pouvoir vivre de ma passion"

Ma grande inspiration reste la céramique des années 50 que j’adore mais tout m’inspire, ce que je vois, les petites choses du quotidien sont une source inépuisables d’inspiration, il suffit de regarder les choses différemment. La créativité, c’est quelque chose que j’ai découvert en faisant de la poterie, ça ne se commande pas, ça vient tout seul, comme une pulsion. Il y a des périodes où il ne se passe rien et d’autres certainement plus propices où les idées se multiplient. Quand je tourne mes commandes, je suis dans un processus méditatif pendant lequel des idées arrivent, j’en profite pour faire mes essais que je valide ou pas.

Aujourd’hui mes collections de vaisselle sont bien définies, je continue de les faire évoluer et je réfléchis à de nouveaux produits comme le luminaire.

Quels seraient tes conseils aux femmes souhaitant se reconvertir et vivre de leur passion?

Je ne regrette pas d'avoir tenté l'expérience et j'aurais même du le faire bien avant. Je me suis vraiment découverte et je suis épanouie dans ce que je fais même si j’ai beaucoup de stress et que j’aimerais arriver à trouver un équilibre. Je travaille la journée sur ma production et le soir sur l’administratif. J’y pense tout le temps mais je suis heureuse de pouvoir vivre de ma passion même si ce n'est pas facile tous les jours et que l'on ne compte pas ses heures.
Il faut tenter sa chance, croire en ses rêves, avoir confiance en soi et ses capacités, et avoir quand même un petit brin de folie. Depuis que j’ai crée mon entreprise je n’ai fait que des belles rencontres et on me contacte pour des projets toujours plus intéressants.
L'aventure de l'entrepreneuriat est très intéressante, il faut faire les bons choix et les assumer. Quand on évolue dans un métier créatif il ne faut pas négliger la partie "business" qui est très importante et que l'on aurait tendance à mettre de côté pour travailler plus longtemps sur ses créations. Savoir se vendre, avoir des contacts et un réseau reste la clé du succès d'un entrepreneur.


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